lundi 14 mars 2011

Nos vies aléatoires : première partie


Dessins inspirés par la forme de tâches ( cliquer pour voir en plus grand).

Aléatoire : Adj. étymologie : Aleatorius, de alea, jeu de dés.
Dépendant d'un événement incertain. Dans le langage général, soumis aux chances du hasard.

Daphné aura accepté l’invitation de son amie Gloria à aller danser au « Shake it » club. Elle dansera sans penser aux milliers de perles de sueur qui s’accumulent sur son corps. Elle se laissera enlacer par ce beau canidé aux poils si soyeux. La tête lui tournera assez vite et elle se laissera emporter par l’envie.

Kamel ouvre un œil. Oula, la tête en bois. Putain mais où je suis ? Draps qui sentent la Soupline, abat–jour parme, « Guerre et Paix » sur le guéridon, chemise froissée sur le parquet… T’ain je sens que j’ai encore déconné. Il se retourne doucement.
Ses plumes se soulèvent suivant le rythme de sa respiration. Elle est encore endormie.
Pourquoi je continue à suivre tes plans foireux Boris. Je devrais me méfier surtout quand tu déboules habillé en nounours. En même temps, ça faisait longtemps que j’avais pas autant déconnecté. C’est vrai qu’elle est plutôt jolie. En la regardant, là comme çà, j’en oublierais presque Lucie.

Francis se traine. C’est la méga mollesse. Il aimerait bien arriver pourtant à le croquer ce petit joufflu. Mais comme c’est pas les 24h du Mans, c’est mal barré ! Et puis il fait chaud, ça glue ! Allez encore un petit effort…Aïe, aïe, y’à sa hernie qui se réveille ! Paralysie.

Anatole aurait dû être dans le train qui l’emmenait chez sa tante. Mais réveil oublié, habits pas repassés, vautrage dans l’escalier, métro retardé, et bin voilà c’est rappé ! Du coup, il baguenaudait. Tiens c’est marrant cette fille aux cheveux frisées à la terrasse du café, elle ressemblait vaguement à K. Avec une paire de créoles et un nez un peu plus retroussé, elle aurait quasi pu être sa sœur jumelle. Mais voilà, K. l'avait laissé, elle était partie à l’île Maurice.

Quelquefois je me demande si tout cela existe vraiment, le gazon des terrains de golf, les femmes aux lunettes fumées assises autour des piscines, les glaces bleu turquoise sur la banquise… Je ne suis pas sûr de l’existence de ces supermarchés, des pandas, de cet enfant mi-homme, mi-plante…Je me demande si les autres anges pensent comme moi. Des fois, je me sens seul.
C'est à cet instant précis qu'Abel apparut devant lui.

“To be, or not to be: that is the question”, Hamlet, Acte 3 scène 1.

J’hallucine ou quoi ? Euh c’est pas un ange là-bas ? Et pas loin de lui, ce serpent, il a l’air complètement tétanisé ! Oh misère, je sens que cette thèse sur la genèse commence à me taper sur le ciboulot. Allez, Pierre-André, tu vas te prendre un bon Doliprane et hop au dodo ! Des fois je me dis que j'aurais mieux fait de faire des études de pâtisserie. C'est vrai j'ai toujours aimé les gâteaux.

Gloria et Malika discutaient autour d’un petit Arabica bien serré. Malika pleurait, elle se lamentait. Gloria essayait de suivre le mieux qu’elle pouvait le flot de paroles de son amie. Elle avait un peu du mal. Un peu mal au crâne aussi après cette soirée débridée au « Shake it ». Et Daphné qui était partie au petit matin avec ce type. Franchement ces copines avaient vraiment le chic pour se dégoter des sacrés loustics.
Gloria remarqua soudain cet étrange héron en pardessus qui l’a fixait bizarrement.

Malika enchaîne: “Mais Bob, c’est le mec de ma vie, tu comprends pas. Déjà notre rencontre...ça fait partie de la légende cette rencontre. C’était un pur hasard. On s’est rencontré dans le train Paris-Toulouse. 8 heures de train, quasi pas un mot. Je lui jetais des petits coups d'œil de temps en temps. A un moment j'ai vu qu'il avait froid, je lui ai prêté mon écharpe. Il m'a remercié et puis il s'est endormi. Endormi, paf, comme çà ! Ce n'est qu'à l'arrivée que tout penaud, il m'a rendu mon bien et invité à prendre un café pour se faire pardonner."

Abel avait toujours joué à ses petits jeux bien enfantins mais qui avaient, par la mesure même de leur finalités aléatoires, le don de le rassurer. "Si j'arrive à traverser la rue sans marcher sur les bandes blanches du passage piéton, je pense qu'il va me rappeler". "Si je vois trois vélos bleus d'ici 5 minutes, je serais reçu à l'examen". "Si j'arrive au croisement de la rue, avant que le camion poubelle ne me dépasse, pas de souci à se faire pour l'opération de mémé."
C'est au cours d'un de ces petits jeux, " si jamais je croise une chose dont le mot commence par la lettre A dans les 20 secondes, je..." qu'il le vit.

Boris est un con. Tous le monde le sait. Ou du moins tous le monde le répète. Alors autant jouer le jeu. C'est en partant de cette logique qu'il a accepté d'enfiler ce costume plutôt ridicule de cyber ourson. ça lui fait penser à un Grosquick relooké par Björk. Et puis se balader comme çà, c'est un putain de "fashion statement" comme dirait les pétasses modeuses de sa boîte. Ce que Boris ne sait pas, c'est que par le biais de cet accoutrement il va rencontrer Raymunda.

3 commentaires:

Vaiana a dit…

Hey super ton blog, quelle motivation, ça donne des idées!Et merci beaucoup pour le gentil commentaire!

Toktokada a dit…

Vaiana> merci beaucoup également !! Et oui j'ai un gros faible pour ton boulot.

Kinobiok a dit…

C'est énorme ce texte ! je file à la partie 2 !!