dimanche 18 septembre 2011

Girl Talk







dimanche 17 juillet 2011

La nuit des chiens

- « Attends ! » le rattrapa par le bras Le Petit. « J’ai peur. »
- « Peur, peur, mais on n'a plus le temps d'avoir peur. On y est. C'est maintenant. En plus on n’a promis. On lui a promis, PRO…MIS. »
- « S’il te plait Rémi, il fait tout noir là-bas. Je vais pas y arriver.»
- « Arrête de chialer, tu me dégoutes. Tu vas te bouger et plus vite que ça c’est moi qui te le dis. »
Rémi agrippa Le Petit et se jeta avec lui dans l’obscurité.


Au tout début, on n’y voit pas grand-chose là-dedans. On n’entend pas grand-chose non plus. Et puis soudain, si. Comme un bruit sourd, une machine qui ronronne. J’ai les mains glacées et une grosse boule dans la gorge qui commence à se propager. ça me comprime la poitrine. J’essaye d’empêcher mes liquides corporels de prendre le dessus. Je tâtonne le vide devant moi. Rémi n'est plus là. Je fais des tout petits pas, je m'empêche d'aller vite, de paniquer.
Et tout à coup, venu de nulle part, elle apparaît. Ce vieux souvenir qui s'imprime soudain. La fille au drôle de chien. Celui qui ressemble à ceux des contes d'avant avec son pelage ras et son étrange teinte marine. Son chien, il m'a toujours foutu la trouille. J'aimerais mieux penser à autre chose, là maintenant. Ou à un autre clébard. Tiens et pourquoi pas celui de Lulu. On a toujours l'impression qu'il sort de l'essoreuse avec son côté hirsute. J'aime bien Lulu. Un jour elle a dû lui démêler les poils un à un parce qu'il s'était roulé dans des chewing-gums.
Mais merde Rémi, t'es où ? Rémi avançait rapidement. Il savait qu'il risquait plus qu'une déconvenue en venant ici. Il pouvait perdre Le Petit, se perdre, voir bien pire. Mais il avait promis à M. Il avait tenue sa main dans la sienne, cette main rugueuse et fripée maintenant, et il lui avait juré qu'il irait là-bas, là où la lumière n'était plus. Par delà les paysages connus, là où peut-être il trouverait la réponse. La réponse au mal qui les rongeait tous. Qui la rongeait elle.

samedi 9 juillet 2011

Emmanuel G.

"Il y a eu ce De Gaulle en perdition, qui voulait traverser la rue. Le trottoir partait dans une légère déclivité. Pour lui, un Everest. J'ai proposé mon aide. Je n'ai pas saisi la réponse, faite d'une voix sourde et mâchonnante, mais j'ai pigé qu'il était d'accord. Je lui ai donné le bras. J'ai senti ses doigts m'infuser sa vieillesse. Tout de suite, le monde alentour est devenu coupant, béant, escarpé, j'ai vu la montagne où je voyais la plaine, j'ai connu le prix exact de la marche. Il m'a désigné son bon port, à trente mètres de là, au numéro cinq. Il y avait, dans l'énoncé de cette distance, toute une confiance d'adulte qui sait qu'il n'est pas loin et toute une appréhension d'enfant qui se demande s'il arrivera jamais. L'esprit avait beau fouetter, l'esprit qui voulait atteindre la maison, le fauteuil au plus vite, le corps sans cesse cabrait, partait en arrière. Il avait une parole, qu'avec de l'attention je pouvais saisir. Elle tentait, dans la débâcle, de sauver les bonnes manières.
- Je ne sais pas pourquoi je suis comme ça. Je n'ai rien qui justifie vraiment...sauf l'âge, bien sûr...
Moi, indélicat:
- Et c'est assez irrémédiable.
- Oh! Vous savez...ça dépend des jours.
Il avait voulu aller à Saint-Lazare. Il avait pris le bus. Tout cela était bien trop d'efforts et maintenant, la machine était cassée."

Emmanuel Guibert, Le Pavé de Paris

samedi 2 juillet 2011

Roald D.

jeudi 26 mai 2011

My other family


Il est presque 22h. Je tourne la tête sur le côté, mes yeux se posent sur l’étagère. Il y a cette photo un peu écornée de mon père enfant. Il doit avoir cinq ans. Il est assis sur les marches d’un perron avec deux autres garçons. Il tient dans ces mains un bateau en bois. Le petit accroupi à côté de lui trempe une main dans une bassine d’eau. Le troisième enfant les regarde. Il porte un petit maillot rayé. Il a l’air de faire chaud. Mon père a les yeux fixés sur son jouet. Il parait pensif.
Un peu plus loin, sur le mur de gauche, il y a une petite accumulation d’images punaisées à la va vite. Ce sont surtout des portraits. Un arbre généalogique factice, une famille inventée recomposée. Il y en a une que j’aime particulièrement, la photo de S. et Z. Ils sont extrêmement élégants. Les cheveux crantés et gominés en arrière. Ils fixent directement l’objectif. Il a un regard franc. Elle, par contre, semble cacher quelque chose. Une pointe de dédain, une angoisse… Elle est assise sur un fauteuil et porte une robe sombre dont le col et les manches sont rehaussés d’une bordure de fourrure claire. Elle a un petit air de Mère Noël. Lui est placé derrière elle. Il est accoudé au même fauteuil mais comme allongé en biais. Ce que je préfère dans ce portrait c’est la façon qu’ils ont de se tenir la main. C’est assez étrange. La position de leurs corps ne semble pas faciliter les choses. La main de S. est ouverte, le pouce en évidence. Le reste de ses doigts est agrippé par la main gauche de Z. Elle semble comme le retenir tout en enserrant son propre corps de son bras. Comme si elle plaçait une sorte de mur, de défense entre eux et le monde extérieur.
Il y a aussi à gauche de cette photo, une carte postale d’Odilon Redon. Un pastel d’un visage. Une jeune femme avec un bonnet bleu. C’est mon amie M. qui me l’a offert. En me la donnant, elle m'a dit : " Je trouve que c'est complètement toi. Regarde ce profil !". C'est vrai, on se ressemble un peu.

mercredi 18 mai 2011

Colours





mercredi 11 mai 2011

Sainte -T



Thérèse enfant, pas sainte du tout. Thérèse qui pique des clopes. Thérèse qui fout des gnons. Thérèse qui rote. Thérèse qui pète. Thérèse qui prend son cul pour une trompette. Thérèse ch'uis venue, j'ai vu mais j'ai rien foutu. Thérèse qui fait ses yeux de merlan frit. Thérèse qui se prend pour la reine d'Angleterre. Thérèse qui a de la jasette. Thérèse qui mériterait des claquettes. Thérèse, j'ai perdu mes lunettes et pi j'ai retrouvé la vue. Thérèse, je mange pas de choufleur ça me donne mal au cœur. Thérèse, les Pépitots ça j'aime, c'est bourré d'OGM. Thérèse qui choure le toupet de pépé pour s'en faire un pagne et danser le yéyé. Thérèse j'ai vu la vierge et le petit jésus. Thérèse, et mon cul, c'est du tofu ! *

* magnifique expression empruntée au non moins magnifique collectif du même nom !

jeudi 5 mai 2011

The Awakening

vendredi 29 avril 2011

Mishmash



Ne nous égarons pas surtout. Laissez-moi vous expliquer.
Il était une fois, une fois de plus. Lui. Bébé.
Bébé commence à se demander comment il va arriver à se souvenir de tous ces visages. Il y en a tant et de si étrange. Lorsqu’ils s’approchent de lui, ils parlent avec des voix si haut perché que s’en est très agaçant. Mais pour l’instant Bébé pense : « dois attraper objet, dois manger objet ! ». Là, à côté, tout à côté. Cet objet si attirant. Il y a un visage dessus. Un visage figé dans un demi-sourire. Un visage qui l’appelle avec son étrange coiffe. Un visage bon ou un visage mauvais. Un visage en tout cas plus éclairé que celui qui passe là-bas au fond dans l’arrière plan. Celui de cet être qui semble tituber, et qui tient aussi un objet, un peu semblable à celui que l’on aimerait attraper.
« Ah, visages !!! Encore visages. Nouveaux visages. Stop ! »


















Il était une fois, une fois de plus. Soyez patient, on s’en vient.
Il était donc une fois, une fois de plus. Elle. V.
V. avait de longues jambes. V. avait des jambes si longues qu’elle portait des collants de couleurs pour qu’on ne les confonde pas de loin avec la couleur du sable. Le sable dans cette ville était partout. Il s’infiltrait dans chaque pièce de chaque maison. Il était si présent qu’on n’en avait utilisé la teinte pour tout repeindre. Les sols, les murs et les plafonds. Même les lambrissés. On accrochait des repères colorés pour se retrouver dans toute cette mer sablée. Des repères géométriques. Toujours. Des triangles, rectangles, losanges, polygones, pentagones…Mais surtout des carrés. On en retrouvait sur les carrelages de cuisine, les murs de verre des salles de bains, les motifs des vêtements... Des carrés, des couleurs, du sablé et rien d’autre. Pas de gris. C’est pourquoi la première fois que V. vint ici et prit le train, elle fut assez étonnée.





Bon, voilà encore un tout petit peu, on y est presque.
Il était une fois, une fois de plus. Eux. Ariane et Dionysos.
Ariane ne noue jamais sa chevelure. Elle l’aime libre, vivante même si elle s’en trouve souvent emmêlée. Elle vole au gré de ses envies et attrape le regard des passants. Justement Dionysos s’en vient. Et voilà, que paf ! Il est ébloui. Lui qui rabâche pourtant sans cesse à ses bacchantes qu’il n’y croit pas à ce coup de foudre. Pour lui, seul le bon vin et le bon vivre ont de mise. Et bien le voilà maintenant bien ligoté.
Il n’est pas encore là le temps des pleurs et de la tragédie qui s’en viendra plus tard, de la sombre histoire de ces deux qui sera compté dans les amphithéâtres par des acteurs trop fardés. Pour l’instant, tout est à eux. Tout est possible.

vendredi 8 avril 2011

Liste des rêves que j'ai sans doute dû faire


Je me souviens d'une amie d'enfance qui faisait un rêve récurrent. Elle tombait dans un puits sans fond recouvert d'un tissu écossais. A son réveil, elle était immanquablement fiévreuse et devait rester plusieurs jours au lit.
Il me reste un seul souvenir de répétition équivalente : une sorcière au visage bien hideux chevauchant son balai me poursuivant avec assiduité.
Depuis j'ai eu bien d'autres songes.
J'ai rêvé de la douleur incommensurable d'une blessure par balle.
J'ai rêvé que je volais tel un condor au dessus d'un paysage désertique américain puis soudainement que je plongeais dans l'océan et nageait à une vitesse incroyable dans un paysage aquatique luxuriant.
J'ai rêvé que je rencontrais ma grand-mère dans le métro, que je sautais de joie à la voir de nouveau en vie, qu'elle était très sexy et qu'elle m'offrait une de ses robes à fleurs.
J'ai rêvé de mon chat mourant dans mes bras.
J'ai rêvé d'un bateau flottant pour la Grèce empli de petites niches habitées par des oiseaux au plumage bleu.
J'ai rêvé que je marchais dans une merde géante de mammouth.
J'ai rêvé que j'accouchais d'un enfant translucide dont on pouvait voir le sang fluorescent couler dans les veines.
J'ai rêvé d'amour qui me faisait vibrer.
J'ai rêvé de sexe qui me faisait vibrer.
J'ai rêvé que j'étais une autre.
J'ai rêvé de la confiance que m'apportait le fait d'être dans un corps masculin.
J'ai rêvé de la solution d'un problème de maths du baccalauréat.
J'ai rêvé d'un fou rire provoqué par un ami chantant dans les toilettes.
J'ai rêvé que je me voyais mourir.
J'ai rêvé de Flapjack et K'nuckles en êtres vivants et de leurs drôles de têtes.
J'ai rêvé que j'habitais dans une toute petite boite et que ce n'était pas très agréable.
J'ai rêvé du boulot.
J'ai rêvé d'un ascenseur en colimaçon qui débouchait à l'air libre sur une plateforme où je me mettais à fendre des bûches avec une hache.
J'ai rêvé d'un inconnu dans un supermarché qui m'étouffait avec du produit Jex Four.
J'ai rêvé de perdre mes dents et de les recracher dans mes mains.
J'ai rêvé que mon appartement était immense et qu'une des pièces était recouverte de matelas.
J'ai rêvé que je naviguais sur une barque dans une forêt équatoriale et que je finissais le voyage sur un banc à manger un sandwich.
J'ai rêvé que j'étais une soprano virtuose.
J'ai rêvé que je tuais quelqu'un et qu'il fallait à tout prix le cacher.
J'ai rêvé que Steve Buscemi me demandait en mariage.
J'ai rêvé d'une forme floue menaçante se tenant au chevet de mon lit dans lequel je restais pétrifiée.
J'ai rêvé d'un après-midi d'été où je conduisais une vieille mobylette jaune sur les rondins d'une plage.
J'ai rêvé que je me rasais les cheveux.
J'ai rêvé que j'avais un tatouage sur le haut du pied en forme d'étoile des vents.
J'ai rêvé dans une autre langue et j'étais parfaitement bilingue.
J'ai rêvé que je vivais à une autre époque, pendant la guerre et qu'il fallait être héroïque.
J'ai rêvé que je mourrais... et cela m'a réveillé.

mardi 5 avril 2011

♥ U jusqu'au trognon
























































































samedi 26 mars 2011

Why my grand-father spoke with a russian accent


I was raised in Brighton Beach, Coney Island. I loved the place as a child because of his continuous mixed smell of cheap frying oil and cotton candy. Ocean parkway was our week-end stroll. I always preferred the atmosphere of the fair in springtime. Everything was still closed and it gave to the attractions a sense of end of the world that fascinated me. We would stop by Nathan's with my grand-father to have a hot-dog. He said it was the best he ever had in America. This declaration puzzled me deeply because I knew he never went anywhere outside New York.
He arrived in Brighton Beach at the end of World War II, an immigrant from Ukraine. life wasn't that easy at the beginning, it's only around the 70's with the second major wave of Russian immigration that he kind of felt more at home. Russian restaurants and night clubs opened, you could eat borsch and blinis, read the daily Novoye Russkoye Slovo and hear your mother tongue again.
I think I never realised how hard it had been for him. He never spoke Russian with me, he said that he wanted me to be a real American. I saw him cried once, the day of my biology graduation. I think he knew at that time I would leave them all for a life of my own.

samedi 19 mars 2011

Copie conforme


A trois minutes d'intervalles, je vois presque la même. Même cheveux longs bruns, même pince qui retient une mèche sur le côté façon banane années 40, même petite veste cintrée noire, même mini short en jeans, même collant opaque. Seul différence l'une porte des baskets montantes, l'autre des petites chaussures en daim bleu.
Des jumelles sortant de la gare st-Lazare qui viennent de se séparer ? Des figurantes se rendant à un casting de sosies de starlette ? Des clones (ah ça y'est on a enfin réussi !) ?
Très étrange sentiment que de se retrouver confronter à une telle similitude. Et si elles s'étaient rencontrées ? A trois minutes près. Découvrir soudain qu'il existe sur cette planète un autre soi.
Qui n'a pas déjà rêvé de le rencontrer ce frère jumeau, cet identique étranger. On le croiserait soudain au tournant d'une rue, au bord de la piscine en été, au troisième rang de la salle de cinéma... On resterait interloqué, on n'oserait pas parler et puis la curiosité prendrait le dessus. On se poserait toutes les questions possibles, on chercherait à savoir si l'autre est plus qu'une simple décalque physique, si il a aussi, par quelque mystérieux et monstrueux miracle, les mêmes défauts, les mêmes envies, les mêmes idées, si son âme est sœur de la notre.
On pourrait peut-être alors imaginer, avec la plus infime probabilité, qu'on est plus vraiment seul au monde.