dimanche 11 mars 2012

dimanche 18 septembre 2011

Girl Talk







dimanche 17 juillet 2011

La nuit des chiens

- « Attends ! » le rattrapa par le bras Le Petit. « J’ai peur. »
- « Peur, peur, mais on n'a plus le temps d'avoir peur. On y est. C'est maintenant. En plus on n’a promis. On lui a promis, PRO…MIS. »
- « S’il te plait Rémi, il fait tout noir là-bas. Je vais pas y arriver.»
- « Arrête de chialer, tu me dégoutes. Tu vas te bouger et plus vite que ça c’est moi qui te le dis. »
Rémi agrippa Le Petit et se jeta avec lui dans l’obscurité.


Au tout début, on n’y voit pas grand-chose là-dedans. On n’entend pas grand-chose non plus. Et puis soudain, si. Comme un bruit sourd, une machine qui ronronne. J’ai les mains glacées et une grosse boule dans la gorge qui commence à se propager. ça me comprime la poitrine. J’essaye d’empêcher mes liquides corporels de prendre le dessus. Je tâtonne le vide devant moi. Rémi n'est plus là. Je fais des tout petits pas, je m'empêche d'aller vite, de paniquer.
Et tout à coup, venu de nulle part, elle apparaît. Ce vieux souvenir qui s'imprime soudain. La fille au drôle de chien. Celui qui ressemble à ceux des contes d'avant avec son pelage ras et son étrange teinte marine. Son chien, il m'a toujours foutu la trouille. J'aimerais mieux penser à autre chose, là maintenant. Ou à un autre clébard. Tiens et pourquoi pas celui de Lulu. On a toujours l'impression qu'il sort de l'essoreuse avec son côté hirsute. J'aime bien Lulu. Un jour elle a dû lui démêler les poils un à un parce qu'il s'était roulé dans des chewing-gums.
Mais merde Rémi, t'es où ? Rémi avançait rapidement. Il savait qu'il risquait plus qu'une déconvenue en venant ici. Il pouvait perdre Le Petit, se perdre, voir bien pire. Mais il avait promis à M. Il avait tenue sa main dans la sienne, cette main rugueuse et fripée maintenant, et il lui avait juré qu'il irait là-bas, là où la lumière n'était plus. Par delà les paysages connus, là où peut-être il trouverait la réponse. La réponse au mal qui les rongeait tous. Qui la rongeait elle.

samedi 9 juillet 2011

Emmanuel G.

"Il y a eu ce De Gaulle en perdition, qui voulait traverser la rue. Le trottoir partait dans une légère déclivité. Pour lui, un Everest. J'ai proposé mon aide. Je n'ai pas saisi la réponse, faite d'une voix sourde et mâchonnante, mais j'ai pigé qu'il était d'accord. Je lui ai donné le bras. J'ai senti ses doigts m'infuser sa vieillesse. Tout de suite, le monde alentour est devenu coupant, béant, escarpé, j'ai vu la montagne où je voyais la plaine, j'ai connu le prix exact de la marche. Il m'a désigné son bon port, à trente mètres de là, au numéro cinq. Il y avait, dans l'énoncé de cette distance, toute une confiance d'adulte qui sait qu'il n'est pas loin et toute une appréhension d'enfant qui se demande s'il arrivera jamais. L'esprit avait beau fouetter, l'esprit qui voulait atteindre la maison, le fauteuil au plus vite, le corps sans cesse cabrait, partait en arrière. Il avait une parole, qu'avec de l'attention je pouvais saisir. Elle tentait, dans la débâcle, de sauver les bonnes manières.
- Je ne sais pas pourquoi je suis comme ça. Je n'ai rien qui justifie vraiment...sauf l'âge, bien sûr...
Moi, indélicat:
- Et c'est assez irrémédiable.
- Oh! Vous savez...ça dépend des jours.
Il avait voulu aller à Saint-Lazare. Il avait pris le bus. Tout cela était bien trop d'efforts et maintenant, la machine était cassée."

Emmanuel Guibert, Le Pavé de Paris

samedi 2 juillet 2011

Roald D.

jeudi 26 mai 2011

My other family


Il est presque 22h. Je tourne la tête sur le côté, mes yeux se posent sur l’étagère. Il y a cette photo un peu écornée de mon père enfant. Il doit avoir cinq ans. Il est assis sur les marches d’un perron avec deux autres garçons. Il tient dans ces mains un bateau en bois. Le petit accroupi à côté de lui trempe une main dans une bassine d’eau. Le troisième enfant les regarde. Il porte un petit maillot rayé. Il a l’air de faire chaud. Mon père a les yeux fixés sur son jouet. Il parait pensif.
Un peu plus loin, sur le mur de gauche, il y a une petite accumulation d’images punaisées à la va vite. Ce sont surtout des portraits. Un arbre généalogique factice, une famille inventée recomposée. Il y en a une que j’aime particulièrement, la photo de S. et Z. Ils sont extrêmement élégants. Les cheveux crantés et gominés en arrière. Ils fixent directement l’objectif. Il a un regard franc. Elle, par contre, semble cacher quelque chose. Une pointe de dédain, une angoisse… Elle est assise sur un fauteuil et porte une robe sombre dont le col et les manches sont rehaussés d’une bordure de fourrure claire. Elle a un petit air de Mère Noël. Lui est placé derrière elle. Il est accoudé au même fauteuil mais comme allongé en biais. Ce que je préfère dans ce portrait c’est la façon qu’ils ont de se tenir la main. C’est assez étrange. La position de leurs corps ne semble pas faciliter les choses. La main de S. est ouverte, le pouce en évidence. Le reste de ses doigts est agrippé par la main gauche de Z. Elle semble comme le retenir tout en enserrant son propre corps de son bras. Comme si elle plaçait une sorte de mur, de défense entre eux et le monde extérieur.
Il y a aussi à gauche de cette photo, une carte postale d’Odilon Redon. Un pastel d’un visage. Une jeune femme avec un bonnet bleu. C’est mon amie M. qui me l’a offert. En me la donnant, elle m'a dit : " Je trouve que c'est complètement toi. Regarde ce profil !". C'est vrai, on se ressemble un peu.

mercredi 18 mai 2011

Colours